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Nous avons retrouvé l'histoire de Nell Matusier (1892 - 1911) qui a donné son nom à cet établissement et à une pointe de terre charentaise. Un phare protège les marins des dangers du Cap Nell et aussi de sa légende. Les hommes de ce pays qui ont succombé à son charme nous ont laissé des lettres troublantes. Nous vous invitons à leur lecture …

Troisième lettre
A Fouras, le 5 juin 1910.

Monsieur,

J’ai longtemps hésité à vous écrire. C’est la preuve de votre constance qui me force à vous avertir. Je vous refuserais la main de Nell et cela pour toujours. Je ne supporterais pas de la perdre comme j’ai perdu sa mère. Si vous l’aimez au-delà de vous-même, vous renoncerez à elle. Il y a vingt ans, j’ai perdu équipage et navire dans un naufrage. Dieu ne fut pas le seul à vouloir que je sois l’unique rescapé. On retrouva mon corps échoué sur la grève. Je repris connaissance une semaine plus tard. Le seul souvenir qu’il me restait de cette mésaventure était un rêve. Je me laissais couler pour fuir la surface d’une mer déchaînée comme par plaisir, puis je me voyais sous l’eau en compagnie d’une très belle femme. Moins d’un mois plus tard, encore très affaibli, je croisais dans la grande rue une étrangère. Je reconnu immédiatement la femme de mon rêve. Elle me dit être originaire du Nord. Sans famille ni travail, elle cherchait un emploi dans les salines. Je lui fis une cour assidue mais lui cachais le souvenir que j’avais d’elle. Notre mariage fut célébré une semaine plus tard. J’étais très épris et ma déception fut grande lorsqu’elle m’annonça son désir de ne pas avoir d’enfants. Nous vivions sous le même toit depuis une semaine quand un soir mon dépit se mut en colère. Je lui rappelais ses devoirs conjugaux. Elle me raconta alors une histoire extraordinaire à laquelle je ne crus pas :
« N’as-tu donc gardé aucun souvenir de ton naufrage ? » conclut elle.
Je partis pour un mois de pêche avec l’esprit tourmenté. La pêche fut bonne. A mon retour, je dus, pour me donner le courage de rentrer chez moi, boire quelques verres avec mes hommes. Ce n’était pas mon habitude, ce soir là, seule l’ivresse me permit de commettre l’irréparable. Ma femme me dit plus tard qu’elle céda autant par amour que par fatalisme. Elle ajouta avoir agi avec la même confusion de sentiments au cours d’une certaine nuit de tempête. Je vis sa santé décliner et des changements physiques incroyables s’opérer. Elle concevait notre enfant et je refusais toujours l’évidence. Elle m’expliqua devoir retourner bientôt chez elle. Une nuit à sa demande, je la transportais sur le lieu de mon naufrage. Je ne vous en révèlerais pas plus, sinon que je revins seul au port, un nouveau né dans les bras. Je suis souvent retourné en vain de ce côté dangereux du pertuis parfois au risque d’un accident. Je vis grandir Nell avec angoisse. Je craignais un signe. Nell a hérité de la beauté de sa mère mais hélas aussi des conditions de sa race. Je n’ai jamais eu le courage de lui confesser l’inavouable.

Je vous prie de sortir de notre vie et d’emporter avec vous ce secret.

Francis Matusier.


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Restaurant - Bistrot - Grill
LE CAP NELL
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1, quai Bellot - 17 000 Rochefort

Tél : 05 46 87 31 77
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© Photos - Christophe Berger